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ANCIEN COMBATTANT ET NOUVEAU JOURNALISME

ven 28/09/2018

Quelle curieuse sensation que celle d’écrire sur une institution incontournable dans la capitale alsacienne: le Club de la Presse de Strasbourg-Europe. 40 ans! Une vie professionnelle. En ce 11 octobre 1978 nous étions 4 autour d’une table à la Ville de Bâle (aujourd’hui café Bâle). François Bernard (DNA), Francis Baerst (L’Alsace), Michel Chapellier (Europe 1) et moi (FR3 Alsace). Les 4 mousquetaires, les 4 membres-fondateurs! Sur une proposition de Michel qui était déjà membre du Club de la Presse de Metz créé l’année précédente.
A l’époque le plomb régnait en maître dans la presse écrite, le bobino en radio et le film 16mm en télévision (depuis peu en couleur!). Le téléphone n’était pas portable! L’ordinateur appartenait encore au milieu scientifique et n’était pas du tout portable! Internet balbutiait dans les laboratoires militaires américains et les réseaux sociaux……que vous dire!!! Faire du journalisme était une galère. On était dépendant du temps technique: impression, développement, montage, transmission. Et puis à la fin des années 80 la vidéo (pas très portable!) s’est généralisée à la télévision.
Dans les années 90 le PC a petit à petit envahi les salles de rédaction. Vous connaissez la suite. De l’analogique on est passé au numérique dans tous les médias. Et aujourd’hui? Et demain? La technologie continue sa conquête du temps.Et notre paysage médiatique, qu’est-il devenu? Une machine à produire de l’information? Un monde où le virtuel supplante le réel? Un espace de concurrence effrénée où la liberté d’informer est foulée au pied par les sacro-saints impératifs économiques? Un monde où nous sommes tous devenus, par le miracle de Facebook ou de Twitter, des journalistes en puissance? Il y a beaucoup de ça.
En 1978 il y avait en France 3 chaînes de télévision, une radio publique et la presse écrite régnait en maître. Parcourez le paysage aujourd’hui: des dizaines de chaînes, des dizaines de radios et une presse écrite qui se dématérialise un peu plus chaque jour ou qui disparaît. Des dizaines de millions de smartphones, de tablettes qui dans un avenir proche finiront par reléguer la télévision, la radio et le presse papier au rang d’objets de collection.Reste le journalisme. Notre métier. A quoi peut-il encore servir dans cette société en haute définition? Dématérialisée? Virtuelle?

  • A garantir la réalité des faits.
  • A garantir la pluralité des opinions et la tolérance
  • A garantir le droit de tout un chacun de bénéficier d’une information équilibrée, vérifiée
  • A garantir au citoyen un regard sans complaisance sur les travers de notre société
  • A garantir la liberté d’expression dans un monde où les populismes et les relents fascisants annihilent nos capacités de réflexion.

Réaffirmons notre statut de « 4ème pouvoir »! Sans honte. Pas celui de la compromission, des passe-droits, de l’allégeance. Celui de l’honnêteté intellectuelle, de la curiosité, de l’esprit critique. Face au déferlement d’informations nous avons le devoir d’en assurer la véracité. De servir de filtre à l’immédiateté, au scoop à tout prix et la spectacularisation de l’actualité.

Nous le devons à ceux qui nous lisent, nous écoutent et nous regardent. Le journalisme ne se résume pas à un tweet ou à un like. Il a le devoir de confronter, d’analyser, de respecter celui auquel il s’adresse.

La technologie est un ensemble d’outils au service de notre métier. Elle n’a pas vocation de se substituer au journaliste. Pourtant, parfois… Mais était-ce mieux il y a 40 ans? Les patrons de presse s’appelaient Hersant, Dassault ou Boussac. Le pouvoir politique avait un droit de regard sur l’audiovisuel public et la liberté d’expression était souvent mise à mal. Et le journaliste devait résister aux pressions. Tout comme aujourd’hui d’ailleurs!

Finalement analogique ou virtuel. En plomb ou en film. Qu’importe! La difficulté d’informer est toujours présente. Elle s’accompagne de plus en plus de prison, de torture, d’assassinats, de mise au placard ou de licenciement. Pourtant le « 4ème pouvoir » est toujours en activité. Seulement il vacille. Et chaque citoyen doit le soutenir pour qu’il ne tombe pas. Avec lui s’effondrerait la démocratie!

Gilles CHAVANEL
Membre fondateur du Club de la presse Strasbourg Europe
gilleschavanel@sfr.fr
Les éditos jubilaires :
Septembre 2018 : Edito de D. Jung, DNA / Octobre 2018 : Édito de Gilles Chavanel / Novembre 2018 : Édito de StrasTV (à confirmer) /  Décembre 2018 : Édito de Bernard Deck, L’Ami Hebdo / Janvier 2019 : Édito de Nicole Gauthier, CUEJ / Février 2019 : Édito SNJ

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