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Comment parler du suicide dans les médias ?

lun 11/12/2017

Atelier animé par Nathalie PAUWELS et Dr Pierre GRANDGENEVRE

 

Éléments de considération :

        Bien que l’on parle peu du suicide dans les médias, c’est un phénomène qui nous concerne tous et qui agit sur la société à bien des égards.

       En effet, chaque année, près de 10,000 personnes décèdent suite à un suicide en France, soit trois fois plus que sur les routes.

       Il est donc très important d’aborder ce fait de société, particulièrement dans les médias, encore faut-il trouver les bons mots et savoir comment traiter les informations y ayant attrait.

        Le programme Papageno a été mis en place à cet effet, et offre des dispositifs pour venir en aide aux personnes concernées et prévenir des éventuelles « contagions suicidaires ».

Voici un récapitulatif de leur intervention au Club de la Presse.

 Comment parler du suicide ?

  • Werther et le mythe fondateur (d’après le roman de Goethe de 1774 dans lequel Werther, le personnage principal, se suicide, et suite auquel une vague de suicides a été constatée l’Allemagne) –> le traitement médiatique peut provoquer un effet de contagion ou d’imitation auprès de personnes vulnérables (eg: Marilyn Monroe; Dalida…)
  • Prendre conscience d’un phénomène d’identification qui explique la reproduction de l’acte suicidaire

 

 Que faire et qu’éviter lorsqu’on aborde le sujet ?

  • Ne surtout pas arrêter d’en parler : déjà un sujet tabou, hors c’est un fait social, et le nier ou le négliger augmenterait la stigmatisation et l’isolement des victimes
  • Tout est dans la nuance : important de ne pas donner trop de détails tels que les lieux, la méthode, etc. pour ne pas donner d’idées ou de modes opératoires
  • Important de ne pas trop idéaliser ou sensationnaliser le geste (ex : « il l’a fait par amour/courage” ; « ils l’ont fait ensemble, unis ») et éviter la diffusion de lettres d’adieux car cela peut augmenter la charge émotionnelle chez des personnes vulnérables.
  • Faire attention au champ sémantique utilisé : plutôt que de dire « mettre fin à ses jours » (qui implique une finalité) ou « commettre un suicide » (tiré de l’anglais, mais qui suggère une idée de crime), dire tout simplement que la personne « s’est suicidé(e) » ; ne pas parler de suicide « échoué » ou « réussi »
  • Prendre conscience des mythes et les défaire (ex : on ne peut rien faire ; il existe une cause unique facilement identifiable ; on ne peut pas prévoir ; avoir des idées suicidaires ou faire des tentatives de suicide est anodin ; le suicide est dû à un manque de volonté, d’égoïsme, de lâcheté…) –important de lutter contre les idées reçues
  • Toujours penser à mettre en avant des numéros d’aide, d’appel d’urgence ! (disponibles ci-dessous)

 

Vers un nouveau paradigme ?

  • Effet Papageno (inspiré du personnage de La flûte enchantée de Mozart qui, tenté par le suicide, renonça à passer à l’acte après avoir pris conscience de ressources qui lui restaient –dans son cas un carillon magique)
  • Traitement médiatique du suicide comme prévention
  • L‘insertion d’un numéro de téléphone amène les gens à appeler
  • Souligner les témoignages de personnes ayant souffert, mais ayant surmonté
  • Mettre en avant des portes de sortie possibles : lecture ; sport ; thérapie à travers l’art
  • Intervenir sur les réseaux sociaux
  • Renverser identification à risque avec une identification protectrice promouvant entraide, souci de l’autre et accès aux soins

 

 

 Comprendre comment arrive-t-on au suicide :

  • Les solutions deviennent de plus en plus inadéquates et/ou inefficaces, d’où le fait que le suicide apparaisse comme ultime solution.
  • Souvent le suicide n’est pas un choix, mais un non-choix, car la personne a le sentiment de n’avoir plus d’autres solutions.
  • Attention à ne pas banaliser les pensées suicidaires chez les personnes âgées. Avoir des pensées suicidaires, ce n’est pas un processus physiologique normale du vieillissement.

 

Facteurs de risques individuels :

  • Isolement ; présence d’une maladie ; addiction ; vivre en milieu rural ; difficulté d’accès aux soins
  • Cause environnementale et/ou génétique peuvent également jouer un rôle
  • Facteurs psychosociaux : stress ; séparation ; chômage… souvent la goutte d’eau qui fait déborder le vase (ie. élément précipitant), mais pas la cause en soi
  • Pathologie mentale (dépression, schizophrénie…) qui fait que la personne a moins de ressources et/ou de résistance
  • *parmi les personnes concernées par le suicide, dans 90% des cas, il y avait au préalable une pathologie mentale

Le suicide, loin d’être le fait de cas isolés, est un phénomène de société qui demande une prise de conscience et une responsabilité collectives.

Ceci vise à promouvoir des initiatives et des modes de conduite afin de prévenir, limiter et apaiser la souffrance de personnes concernées par le suicide.

Comment intervenir ?

  • Contacter un centre d’accueil et de crise
  • Appeler le Samu 15 ou le 112 (numéro européen), urgence sourd et malentendant : 114 (communication par fax ou sms)
  • Appeler SOS Médecin : 03 88 75 75 75 (en Alsace)
  • Appeler des services d’écoute anonymes : SOS Amitié 01 42 96 26 26 ; Suicide Ecoute 01 45 39 40 00 ; Fil Santé Jeunes 01 44 93 30 74 (depuis un portable)

Ressources web : www.papageno.suicide-com www.suicide-ecoute.fr www.sos-amitie.org www.flisantejeunes.com http://www.preventionsuicide.info/ressources/aide.php

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