Hervé_Moritz

Interview d’Hervé Moritz, nouveau Président des Jeunes Européens

mar 19/09/2017

Hervé Moritz, étudiant, militant européen, et correspondant à Strasbourg du magazine eurocitoyen Le Taurillon, est le nouveau Président des Jeunes Européens de France. Le Club de la presse lui a posé quelques questions sur les projets des JEF et son appréhension des enjeux actuels de l’Union européenne.

 

Vous venez d’être élu à la tête des Jeunes européens de France. Quels sont vos projets et quelle direction souhaitez-vous donner à l’association pour les années à venir ?

Les Jeunes Européens sont des militants, âgés de 16 à 35 ans, qui mènent en France et en Europe des actions de sensibilisation à la citoyenneté européenne, s’engagent pour la construction européenne et participent à écrire l’avenir de l’Union européenne. En vue des élections européennes de 2019, nous devons être prêts à expliquer l’Union européenne, à militer pour encourager les citoyens à participer au débat sur l’avenir de l’Union et à s’engager pour une Europe unie, un projet politique démocratique et respectueux des droits fondamentaux, pour une fédération européenne que nous appelons de nos vœux. Il faudra donc préparer cette campagne, mobiliser nos bénévoles pour faire des Jeunes Européens l’organisation de jeunesse de référence sur les questions européennes en France.

 

Vous êtes étudiant à Strasbourg. Que représente Strasbourg dans la construction européenne pour vous ? Quelles actions mener concrètement pour défendre le Parlement à Strasbourg ?

Je suis un enfant de la région, j’ai grandi ici et mon père m’a transmis sa passion pour les méandres de l’histoire alsacienne. En tant qu’Alsacien, dans une région ballotée entre la France et l’Allemagne au fil des guerres intestines, je ne peux qu’adhérer à l’un des plus grands projets pacifistes qu’ait connu l’humanité. Je veux apporter ma pierre à l’édifice, continuer à façonner le projet européen, à défendre ses valeurs, à l’écrire, à le rêver avec d’autres citoyens européens de tous les âges.

En ce qui concerne le siège du Parlement européen à Strasbourg, la section strasbourgeoise des Jeunes Européens a toujours défendu un siège unique du Parlement à Strasbourg. Ce n’est pas le cas des Jeunes Européens – France et de la JEF Europe qui n’ont pas de position officielle sur le sujet. Les défenseurs de Strasbourg doivent comprendre que l’avenir du siège se jouent surtout dans leur implication dans les mouvements et les groupes qui pensent et déterminent le futur de l’Union européenne. Si les défenseurs du siège strasbourgeois s’engagent dans ces mouvements, dont les mouvements fédéralistes, ils retrouveront l’influence nécessaire pour véritablement peser dans les débats sur l’avenir de l’Union, débats qui concernent également le siège des institutions. Aujourd’hui, ils ont largement laissé la place aux partisans pro-Bruxelles.

 

Le projet européen traverse une crise d’impopularité, notamment chez les jeunes, qui se déplacent très peu pour les élections européennes. Comment redonner le goût de l’Europe à cette jeune génération ?

Si l’on veut que les jeunes s’intéressent à l’Europe, il faut leur donner toute leur place dans le débat public européen. Chez certains jeunes, qui profitent des bénéfices qu’apporte l’Union européenne comme certaines aides à la mobilité ou certains droits facilitant la vie dans l’espace communautaire, ce sentiment européen existe. Construire une véritable société européenne, c’est donner à chacun la possibilité de profiter de ce qu’offre l’Union européenne. Il est grand temps de repousser les frontières sociales ou territoriales de la génération Erasmus ou de la génération Schengen. La citoyenneté européenne doit se pratiquer, s’éprouver. Chacun doit avoir la chance de la vivre pleinement.

Il faut aussi que les décideurs politiques comprennent cette nouvelle génération. Les jeunes s’investissent peu dans les institutions établies ou les mouvements politiques traditionnels, se mobilisent peu lors des scrutins, mais ils s’engagent autrement. Ils veulent prendre part à la construction d’un projet de société, certains débats de la politique européenne les passionnent. On l’a constaté sur le climat, l’alimentation ou le TAFTA par exemple. Les responsables politiques doivent prendre en compte ces nouveaux modes d’engagement et privilégier la participation réelle des citoyens aux prises de décision. La politique européenne connaît le même désenchantement que les autres champs de la politique traditionnelle. Pour la réenchanter, il faut revoir le fonctionnement de nos démocraties représentatives et donner voix au chapitre à tous les citoyens, à tous les niveaux et sur la multitude de sujets qu’aborde la politique.

Les jeunes en Europe ne demandent qu’à participer aux prises de décision et à la construction des politiques. Donnons-leur la parole. C’est une nouvelle génération de bâtisseurs dont nous avons besoin, soyons une génération de refondeurs de l’Europe.

 

Jeunes Européens

 

Les Jeunes Européens rêvent d’une Europe fédérale. Les listes transnationales pour les élections européennes voulues par Emmanuel Macron vous semblent-elles un premier pas dans cette direction ?

En effet, c’est un premier pas vers la création d’un espace public européen. C’est un combat mené par notre organisation depuis plusieurs années, une revendication des fédéralistes depuis longtemps. Le but est d’européaniser le scrutin, de lui donner une dimension transnationale. Cela éviterait à la campagne des élections européennes de rester focalisée sur des débats nationaux qui empêchent les citoyens de mesurer les véritables enjeux de ce scrutin. Les électeurs élisent leurs représentants au Parlement européen, ce n’est pas un vote pour ou contre la politique du gouvernement national.

Cette seule mesure ne sera pas suffisante pour stimuler l’engagement des citoyens européens, mais c’est un premier pas à saluer. Sa mise en place soulève cependant encore plusieurs questions, notamment sur l’ancrage territorial de ces députés élus sur des listes transnationales. Il serait regrettable d’élire des députés européens « hors sol », qui viendraient d’ailleurs remettre en question la légitimité des députés élus en circonscription à représenter les 500 millions de citoyens européens.

 

Dans plusieurs pays d’ex-Europe de l’est, en particulier en Pologne, les gouvernements s’en prennent de manière de plus en plus prononcée aux libertés, et notamment à la liberté de la presse. Les Jeunes Européens mèneront-ils ont des actions pour la liberté de la presse dans ces pays ?

Oui. Nous l’avons fait par le passé et nous continuerons à le faire. Les Jeunes Européens Fédéralistes, notre organisation mère au niveau européen, coordonnent des campagnes sur le sujet. Elle fait partie des organisations qui militent depuis toujours pour la démocratie et les droits de l’Homme. Tout au long de l’année et en particulier au mois de mars, nous orchestrons la campagne paneuropéenne « Democracy under Pressure » qui mobilise tous les militants du continent pour dénoncer la remise en cause de la liberté de la presse, les atteintes répétées des gouvernements à la démocratie et aux droits fondamentaux que ce soit en Pologne ou en Hongrie, mais aussi en Macédoine, en Turquie ou en Biélorussie.

 

Interview réalisée par Théo Krausz, étudiant Sciences Po Strasbourg-stagiaire Club de la Presse Strasbourg Europe

Photos : Rue 89 et Les Jeunes Européens

 

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