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L’info aujourd’hui : le terrible effet ciseaux

mer 01/03/2017

Chaque année, le baromètre de la confiance dans les médias affiche des chiffres plus alarmants. Selon Sofres, la confiance des Français dans les médias en 2017, tous supports confondus, est au plus bas depuis 2002.

Parallèlement, les sites de diffusion d’informations fausses ou orientées (“fake news”) se sont professionnalisés. D’amateurs, ils ont bâti des modèles économiques stables en adossant leurs audiences aux algorithmes des réseaux sociaux.
Ils ont compris très vite que les articles les plus partagés sur les réseaux sociaux étaient ceux qui faisaient appel à l’émotion, ceux que les lecteurs étaient déjà prêts à croire.
Pour le sociologue Gérald Bronner, les “fake news” ont explosé via les réseaux sociaux car elles répondent à notre prédisposition génétique à la crédulité.
En outre, le tri effectué par Facebook, devenue la première source d’informations aux Etats-Unis et pour beaucoup en France, filtre constamment les informations qui pourraient déplaire.
Résultat : de nombreux Américains progressistes étaient persuadés de la victoire d’Hillary Clinton, ils n’ont jamais vu sur leur fil de nouvelles que certains de leurs amis relayaient des sites de “fake news” et participaient aux réunions en faveur de Trump…
Le réveil a été douloureux.

En France, la situation est malheureusement assez similaire. Plusieurs candidats à l’élection présidentielle n’ont pas ménagé leurs efforts pour discréditer les journalistes, confortant la défiance des citoyens envers les médias traditionnels. Aujourd’hui, pour certains, un article de Boulevard Voltaire ou de Fdesouche sera toujours plus crédible qu’un article du Monde.
Dans ce nouvel écosystème de l’information, l’ère de la “post-vérité” selon certains observateurs, les médias ne restent pas inactifs. Les rédactions se sont dotées d’équipes de “vérificateurs”, pour tenter d’enrayer les “fake news” (Décodeurs au Monde, Libé-Désintox…).

À Rue89 Strasbourg, nous avons rejoint l’initiative de First Draft, CrossCheck, qui vise à mettre en réseau une trentaine de rédactions pour répondre, dès qu’elles apparaissent, aux rumeurs sur Internet. Mais encore faut-il que les internautes aient accès à ces informations contre-vérifiées. Or on se doute que ceux qui partagent et diffusent ces sites de “fake news” ne seront guère enclins à lire les contre-vérifications, et encore moins à les partager. Comme souvent, c’est vers
l’éducation qu’il faut se tourner, appliquer à chaque information une méthodologie scientifique pour débusquer les erreurs et les manipulations. Un nouvel effort.

Pierre France
Fondateur et journaliste Rue89Strasbourg
pf@rue89strasbourg.com

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