DOMINIQUE JUNG

TOUTE VÉRITÉ EST BONNE À DIRE…

ven 31/08/2018

A la naissance du Club de la presse de Strasbourg, en 1978, les journalistes travaillaient sur des machines à écrire dotées, pour les plus perfectionnées, d’un ruban encreur bicolore ; on avait le choix, noir ou rouge. Les envoyés spéciaux tremblaient à l’idée de ne pas trouver à temps de cabine téléphonique pour dicter leur reportage à une sténodactylo. Internet et le téléphone portable ont tout chamboulé, le travail des journalistes mais aussi les attentes des lecteurs.

L’information s’est banalisée ; elle coule partout, jusqu’à l’inondation, en prenant parfois la forme aberrante des scénarios complotistes. Le web a engendré un monde hyperémotif, chaud, humide, luxuriant ; tout y pousse, la fleur rare et l’herbe folle, l’utile et le futile, l’information précise et la manipulation tendancieuse. La frontière entre réel et virtuel, base historique de la pensée rationnelle, s’estompe. Cela ouvre des perspectives dont nous ne mesurons pas encore les conséquences.

Une certitude : fini le temps où l’information descendait solennellement du haut vers le bas, de l’Eglise vers les fidèles, du professeur vers l’élève, du pouvoir politique vers le citoyen. Maintenant que les sources sont infinies, les journalistes n’ont plus le monopole de la diffusion des « nouvelles ». Ils ont même perdu celui de la vérification. Grâce aux réseaux sociaux, des citoyens de toutes obédiences sont à l’affût ; eux aussi se dépêchent de scruter, vérifier, comparer.

Cette concurrence doit stimuler les journalistes et maintenir leur ouverture d’esprit. Il est bon qu’un journaliste ait des valeurs et une déontologie, il est nocif qu’il ait des a priori. Le lanceur d’alerte est précieux, mais c’est souvent un militant ; il se passionne pour la cause qui lui est chère au risque d’en oublier d’autres, non moins remarquables. Aux journalistes de continuer à se pencher globalement sur la marche du monde, sans exclusive.

Plutôt que de ressasser l’inaccessible impératif de l’objectivité, il faut attendre du journaliste qu’il soit désintéressé et s’emploie à faire émerger tous les faits, ne dissimulant pas ceux qui le dérangent en tant qu’individu et ne surdimensionnant pas ceux qui apportent de l’eau à son moulin préféré. Dans un monde où la communication au sens mercantile du terme cherche furieusement à contrôler l’information, voire à la supplanter, la définition du métier pourrait être celle-ci : toute vérité est bonne à dire, d’où qu’elle vienne, dès lors qu’elle a été solidement vérifiée.

Dominique JUNG
Rédacteur en chef
Dernières Nouvelles d’Alsace
DNAredchef@dna.fr

Suivront :
Octobre 2018 : Édito de Gilles Chavanel, membre fondateur du Club
Novembre 2018 : Édito de StrasTV (à confirmer)
Décembre 2018 : Édito de Bernard Deck, L’Ami Hebdo
Janvier 2019 : Édito de Nicole Gauthier, CUEJ
Février 2019 : Édito du SNJ

Si le Club célèbre son 40e anniversaire en 2018, plusieurs médias, école et syndicat de journalisme sont aussi à la fête :

L’Ami Hebdo : 160 ans
DNA : 140 ans
SNJ : 100 ans
CUEJ : 60 ans
StrasTV : 10 ans

> Éditos jubilaires de septembre 2018 à février 2019.

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