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UN MONDE SANS CONTRE-POUVOIR?

mar 03/04/2018

A-t-on des raisons d’être optimiste sur la liberté de la presse dans le monde? Non! A-t-on des raisons d’aimer notre métier? Mille fois! A-t-on des raisons de se poser la question de l’utilité du journaliste?

CERTAINEMENT!

Mais quand Jean-Luc Mélenchon les traite de « salauds » et réclame un tribunal pour les journalistes on est proche de « l’ami » des medias, Recep Tayyip Erdogan alors que l’Insoumis en chef lui-même le qualifie de dictateur!

Mais quand Marine Le Pen interdit ses meetings à certains confrères réputés hostiles ou qu’elle évoque la création d’un « Ordre des journalistes » comme au bon vieux temps de la collaboration, on est proche de Vladimir Poutine et de son obsession d’être aimé par tous au détriment de la liberté d’expression.

Mais quand Laurent Wauquiez parle des manipulations et des embuscades des journalistes et du niveau CAP de leur travail on pense à son ami déclaré Donald Trump qui dénonce comme lui « un déchaînement médiatique surréaliste », « un travail de démolition ».

DE QUELLE UTILITE PARLE-T-ON?

On ne va pas poursuivre les comparaisons avec Nicolas Maduro, ami de l’Insoumis, qui censure les medias et menace les journalistes. Ou avec Xi Jinping qui muselle la presse et les réseaux sociaux. Ou de Victor Orban (la liste est loin d’être exhaustive malheureusement!). Les voix stigmatisant les journalistes sont de plus en plus nombreuses et les propos de plus en plus violents. On ne va pas non plus évoquer ces patrons comme Vincent Bolloré, plus soucieux de ses annonceurs que de ses journalistes. Que voulez-vous les entrées d’argent prévalent sur les sorties des journalistes!

La grande majorité des journalistes n’est pas adepte du buzz et du scoop à tout prix. Reste ces quelques escrocs intellectuels… ou pas! accros de fake news et qui desservent l’image de notre profession. Mais ce ne sont pas ces journalistes-là qui ont droit à la critique véhémente de ceux qui nous gouvernent ou nous regardent de haut. Ils sont trop faciles à attaquer! Non ce sont ces journalistes qui investiguent, qui fouillent, qui recoupent, qui rapportent des faits avérés et qui dénoncent à juste titre les errements des gens de pouvoir.

Les réseaux sociaux amplifient les révélations des journalistes. Les lanceurs d’alerte alimentent leurs articles et leurs reportages; le citoyen entre dans la danse. Et face au flux croissant de l’information rendu possible par les nouvelles technologies, l’opinion devient versatile. Son bulletin de vote change aussi vite de destination que l’information de contenu. Et ceux qui se croyaient intouchables prennent de plus en plus de coups….médiatiques. Seulement ils sont masos…ou schizophrènes. Pour dire leur haine du « parti médiatique », ils se répandent dans les….medias! Et les journalistes les accueillent. Au risque de se faire traiter de « salaud » ou de « minable ». Au nom du respect du pluralisme.

Alors, oui, on peut se poser la question de l’utilité du journaliste. Une utilité d’autant plus évidente que l’avancée des populismes, de la « démocrature », cet oxymore inventé par le sociologue Gérard Mermet pour évoquer les dictatures déguisées en démocratie, s’accompagne toujours de l’avènement d’une pensée unique, faite de louanges, de peurs et d’humiliations. Des journalistes meurent, sont emprisonnés et torturés pour avoir contrecarré l’uniformité du message et dénoncé les abus des pouvoirs. Et tous les citoyens, rétifs à l’échine courbée, prennent les mêmes risques.

Dites-nous par qui nous pourrions remplacer les journalistes! Des porte-parole? Des porte-flingues? Des porte-drapeaux? Des porte-voix? Des porte-malheur? Reconnaissez que malgré leurs imperfections, leurs erreurs, leur humanité en somme, les journalistes restent par les temps qui courent le meilleur rempart face à la montée de toutes les intolérances.

Gilles Chavanel
gilles.chavanel@worldonline.fr

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