Le Club de la presse Strasbourg Europe compte aujourd’hui près de 600 membres, représentant au moins dix nationalités. De la Grèce à l’Irlande, en passant par la Pologne, la Finlande ou encore l’Italie. Mais aussi la Grande Bretagne, la Turquie et le Maroc. Cette diversité fait la richesse de notre réseau.
À travers une série de portraits pour mettre en lumière la diversité des membres du Club à l’échelle transfrontalière, mais aussi les media de leur pays, nous vous emmenons à la rencontre de celles et ceux, qui font rayonner le Club en Allemagne, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg :
Portrait 5
Elphège Tignel
Centre Européen des Consommateurs, Kehl, Allemagne
tignel@cec-zev.eu
Je suis juriste de formation, j’ai commencé mes études de droit en Allemagne, à Sarrebruck, au Centre Juridique franco-allemand. Je les ai ensuite poursuivies à Strasbourg, à Lyon puis à Rouen (Master 2 « contentieux, médiation et conciliation »). Après deux années de travail en France en tant que juriste, j’ai postulé au Centre Européen de la Consommation (« Euro-Info-Consommateurs » à l’époque) à Kehl.J’ai eu la chance d’exercer différents métiers dans cette institution franco-allemande: d’abord juriste française, j’ai été chargée de mission pendant 3 ans pour un projet franco-allemand d’éducation à la consommation (« Jeunes consom’acteurs dans le Rhin Supérieur ») grâce auquel je suis intervenue dans de nombreux collèges et lycées des deux côtés du Rhin. J’ai ensuite remplacé pour un congé parental ma collègue chargée de communication française. Un poste que j’ai occupé, suite à son départ, pendant 9 ans avant de prendre la tête du service de communication du CEC il y a 2 ans.
Qu’est-ce qui vous a amené à franchir le Rhin ?
Je voulais travailler dans un contexte européen. J’ai grandi à côté de Grenoble, bien loin de la frontière allemande mais avec une mère prof d’allemand qui m’a transmis sa passion pour les voyages, l’interculturalité, les langues étrangères… et l’allemand bien sûr ! Le Centre Européen de la Consommation, basé à Kehl, réunissait tout ce que je cherchais : une structure associative, un travail de juriste et une équipe franco-allemande (très sympa en plus) où je pourrais pratiquer les langues étrangères. Je m’y suis tout de suite bien sentie et je fête cette année ma 19ème année au CEC !
Je suis responsable de la communication, un service composée de 14 collaborateurs français et allemands (chargé.es de communication, graphiste, Social Media Manager…).
A mon arrivée, j’avais un allemand plutôt scolaire qu’il a fallu remettre en pratique et « déverrouiller » après quatre années passées en France. Maintenant je pratique l’allemand au quotidien, nos réunions sont en bilingue (voire en « frallemand », c’est à dire 3 mots en allemand dans une phrase en français –
Je pense que mon regard français apporte avant tout une perspective complémentaire. Dans une équipe franco-allemande, chacun apporte des références et des habitudes de travail différentes. De mon côté, j’ai tendance à privilégier le dialogue, à chercher des compromis et à m’adapter facilement lorsque le contexte évolue. Mes collègues allemands apportent souvent une grande rigueur dans la préparation, la planification et la structuration des projets. La combinaison de ces deux approches constitue une véritable richesse.
Je ne vous apprendrai rien en disant que la ponctualité est une valeur très importante en Allemagne. C’est quelque chose qui se ressent au quotidien, notamment lors des réunions franco-allemandes, où les habitudes peuvent parfois différer.Ce qui m’a surtout surprise à mes débuts, c’est le degré d’anticipation de certains collègues allemands. Il n’est pas rare qu’ils planifient leurs congés d’été plus d’un an à l’avance ou que nos partenaires allemands proposent des dates de rendez-vous huit ou neuf mois avant. Cette capacité à se projeter très loin dans le temps est parfois déconcertante lorsqu’on vient de France.En France, nous avons souvent une approche plus souple de l’organisation. Nous avons tendance à nous adapter plus facilement aux imprévus et à être très réactifs lorsque les délais se resserrent.
Ce qui me surprend toujours en Allemagne, c’est la richesse du paysage médiatique local. Chaque Land, mais aussi de nombreux districts (Kreise) et même des villes, disposent de leur propre journal ou de leur gazette. Cette forte implantation de la presse régionale et locale est beaucoup plus marquée qu’en France et reflète sans doute l’organisation fédérale du pays.En France, les grands médias nationaux occupent une place très importante dans le débat public. Suivre les médias des deux pays est intéressant, car ils ne mettent pas toujours en avant les mêmes sujets ni les mêmes priorités.
Je suis classique en consultant régulièrement Die Zeit et Der Spiegel pour suivre l’actualité nationale. Je suis également une grande fan d’ARTE.
Très différemment. En Allemagne, les questions de consommation occupent une place importante dans le débat public. La protection des consommateurs (Verbraucherschutz) figure d’ailleurs depuis longtemps dans l’intitulé du ministère qui nous finance. Cette visibilité institutionnelle se retrouve aussi dans les médias, qui relaient régulièrement les sujets liés à la consommation.Concrètement, nos communiqués de presse sont très souvent repris par l’agence de presse allemande (DPA), ce qui leur donne un large écho dans la presse nationale et régionale. En France, les questions de consommation sont davantage traitées comme une thématique secondaire et le secteur connaît actuellement une période d’incertitude, notamment avec les évolutions concernant l’Institut national de la Consommation et l’avenir du magazine 60 Millions de consommateurs.Pour autant, cela ne signifie pas que notre expertise soit moins reconnue en France. Nous sommes régulièrement sollicités par des médias nationaux pour des interviews, des décryptages ou des analyses sur des sujets de consommation. Notre implantation à Kehl, à proximité de Strasbourg, constitue parfois un frein pour les interventions sur les plateaux parisiens, où la proximité géographique reste un avantage.Notre visibilité en France repose aussi sur des partenariats solides avec plusieurs médias régionaux, comme Les Dernières Nouvelles d’Alsace et L’Alsace, dans lesquels nous publions régulièrement, ainsi qu’avec des radios telles que RCF Alsace et Euradio. Ces collaborations nous permettent d’informer directement les consommateurs sur des problématiques très concrètes.
Je lui dirais de ne pas attendre de parler parfaitement allemand pour franchir le Rhin. Bien sûr, apprendre la langue est essentiel, mais on progresse énormément une fois sur place. Il ne faut pas laisser la crainte de ne pas être bilingue freiner une telle expérience.Je lui dirais aussi que vivre et travailler dans un autre pays est une formidable aventure, aussi bien sur le plan professionnel que personnel. Cela permet de découvrir une autre façon de travailler, d’autres habitudes, d’autres références, mais aussi de prendre du recul sur son propre pays. On apprend à apprécier ce qui fonctionne ailleurs, tout en redécouvrant les qualités de la France.
Tous les articles de la série Membres frontaliers
06/07 Sandra Schmidt, Allemagne
15/07 Véronique Barondeau, Allemagne
24/08 Aude Forestier, Luxembourg
31/08 Thibaut Mochel, Suisse
07/09 Elphège Tignel, Allemagne
14/09 Andrew Cutting, Belgique




