Les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg fêteront le 4Oe anniversaire de leur première greffe cardiaque le 19 septembre*. Le 14 septembre 1986, le Professeur Kieny et son équipe réalisait la première greffe cardiaque aux HUS.
Tout commence au cours des années 60 aux Etats-Unis. Christiaan Barnard, chirurgien urologue, quitte Cape Town et se rend à Minneapolis pour apprendre la greffe rénale. Logique !
Là, il côtoie Norman Shumway, chirurgien cardiaque américain et un certain Christian Cabrol qui travaillent sur la mise au point de la greffe cardiaque.
Très intéressé par ce projet, Christiaan Barnard décide de poursuivre les expérimentations de retour chez lui, à Cape Town. Rapidement, il se brouille avec la totalité des collègues de son hôpital qui trouvent le projet farfelu, et éthiquement irresponsable ! Seul Hamilton Naki accepte de lui fournir son aide.
Tout d’abord, Naki aide Barnard en prélevant les cœurs lors des expérimentations animales. Et plus tard, lorsqu’il faut prélever le cœur de Denise Darvall, décédée lors d’un accident au volant de sa Volkswagen Coccinelle, il est le seul à maitriser la technique.
Grâce à lui, le 3 décembre 1967, Barnard greffe le cœur de Denise Darval dans le thorax de Louis Washkanski. Ce Sud-africain en insuffisance cardiaque sévère secondaire à un infarctus du myocarde est épicier et dentiste à Cape Town. Cette première greffe cardiaque int erhumaine connait un retentissement mondial comparable au premier pas de l’homme sur la lune qui interviendra un an et demi plus tard.
Durant de nombreuses années, Barnard fait plusieurs fois le tour du monde, invité par les plus grandes universités, et raconte sa prouesse. Hamilton Naki quant à lui, reste dans un profond anonymat.
L’idée qu’un petit homme de couleur comme Naki puisse prélever un cœur dans le thorax d’une femme blanche aurait certainement fait scandale. En 1967, l’Afrique du Sud vit en plein apartheid. Mais si Hamilton Naki est resté dans l’anonymat, durant plus de 30 ans, c’est aussi pour une raison encore plus étonnante. Naki n’était pas chirurgien, mais travaillait à l’hôpital … comme jardinier !
En 1967, la seule personne en Afrique du Sud en capacité d’effectuer un prélèvement cardiaque sur un humain était donc, Hamilton Naki, jardinier de son état. Ce n’est qu’en 1999, bien après sa retraite, qu’il est honoré et enfin associé à cette première mondiale.
Ainsi, on retiendra que la première greffe cardiaque inter-humaine fut réalisée chez un patient épicier dentiste par un chirurgien urologue assisté d’un jardinier !
Peur de temps après cette première, plusieurs chirurgiens cardiaques dont les professeurs Shumway de Standford et Cabrol de la Pitié-Salpetrière à Paris emboitent le pas de Barnard et à la fin de l’année 1968, plus de cent transplantations cardiaques auront été réalisées dans 17 centres à travers le monde. Malheureusement, les résultats en terme de survie restent décevant ne dépassant pas quelques années en dehors de rares exceptions. C’est la découverte de la ciclosporine, un médicament anti rejet efficace et puissant au début des années 1980 qui transforme les résultat de la greffe et qui convainquent la plupart des équipe, dont celle de Strasbourg, du bénéfice de cette technique.
Aujourd’hui, presque 60 ans plus tard, le temps des pionniers est terminé. La greffe est devenue l’un des traitements de référence de l’insuffisance cardiaque sévère. Elle est assurée par des chirurgiens chevronnés, et les prélèvements sont réalisés par des praticiens issus de la prestigieuse école française de prélèvement multi-organe (EFPMO), dont une session a eu lieu aux HUS début juillet.
Les avancées dans le domaine de l’anesthésie réanimation ont permis d’améliorer considérablement les résultats de cette chirurgie lourde. La biologie n’est pas en reste permettant un suivi avec des tests de plus en plus performants. Longtemps limité par la nécessité d’une biopsie du cœur, le diagnostic de rejet est le plus souvent assuré par une simple prise de sang. La greffe cardiaque reste un gage d’excellence qui mobilise plus d’une centaine de professionnels de santé, héros du quotidien, pour une seule procédure.
Environ 400 greffes cardiaques sont réalisées en France chaque année, et 4000 dans le monde. Mais il en faudrait deux fois plus pour répondre aux besoins. Les proches de potentiels donneurs ignorent trop souvent leur volonté. Dans le doute, le don d’organe est refusé.
Aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg qui compte parmi les 5 CHU français réalisant tous les types de greffes d’organes, le 40e anniversaire de la première greffe cardiaque strasbourgeoise réalisée par le Professeur René Kieny en chirurgie A sera fêté le 19 septembre.
Le service de chirurgie cardiaque vient de réaliser sa 600e greffe.
Eric Epailly
Praticien Hospitalier Responsable médical de transplantation cardiaque
Les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg
eric.epailly@chru-strasbourg.fr
Sources:
Donald Mc Ray – « Every Second Counts: The Race to Transplant the First Human Heart » – Ed. Simon & Schuster 2006,
Caroline Richmond – « Hamilton Naki : Unsung hero of the world’s first transplant » BMJ VOLUME 330 25 JUNE 2005
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*40 ANS DE LA GREFFE CARDIAQUE À STRASBOURG
Après-midi ouverte à tous
SAMEDI 19 SEPTEMBRE 2026 A PARTIR DE 14H
Petit amphithéâtre – Fac de médecine à Strasbourg
Avec les professeurs et docteurs : Jean Sibilia, Marine Jeantet, Eric Depailly, Michel Kindo
Informations : greffecardiaque@chru-strasbourg.fr




