Longtemps moteur du projet européen, l’Allemagne traverse une période de doute quant à l’avenir de l’Union. Sans rejeter le principe de la construction européenne, les forces politiques au pouvoir s’interrogent sur l’utilité, l’efficacité et l’équilibre du modèle européen actuel.
Ce scepticisme ambiant est accentué par un recentrage des priorités publiques vers la sécurité, la migration et la compétitivité économique, domaines dans lesquels l’Union est perçue comme n’ayant pas suffisamment démontré son efficacité.
En juin 2025, la fondation Heinrich-Böll a publié une étude sur l’attachement des Allemands à la construction européenne. Ce soutien apparaît de moins en moins évident (selbstverständlich). Pour près de la moitié des personnes interrogées, la poursuite de la construction européenne devrait désormais être conditionnée à des résultats « concrets et tangibles ».
Au printemps 2025, le parti populiste AfD (Alternative für Deutschland), deuxième force politique nationale, a envoyé 152 députés au Bundestag. En juin 2024, l’AfD avait déjà obtenu 15 sièges au Parlement européen. A plusieurs reprises, à Berlin et à Strasbourg, l’ADN résolument pro-européen de la CDU, le parti chrétien-démocrate allemand, a été bousculé par l’affichage d’intérêts communs avec la droite eurosceptique et nationaliste, notamment sur des questions migratoires.
Dans ce contexte marqué par le doute, les contre-arguments des défenseurs de l’Europe au sein de de la droite allemande seront essentiels pour redonner du sens à l’intégration.
Verra-t-on le camp chrétien-démocrate coupé en deux ? « Je pense qu’en Allemagne, dans l’ensemble, il y a toujours une attitude fondamentalement positive envers l’Europe », a défendu Sabine Verheyen, vice-présidente (PPE) du Parlement européen, lors de la session plénière au mois de janvier. « Il y a un scepticisme croissant à l’égard du projet européen », a-t-elle cependant reconnu.
Avec qui la CDU devra-t-elle continuer à façonner l’Europe ? Avec la Pologne conservatrice de Karol Nawrocki, dont le positionnement sur la guerre russo-ukrainienne est ambivalent ? L’Italie de Giorgia Meloni ? Les élections présidentielles françaises de 2027 permettront de voir comment les différents courants de la droite allemande se positionnent.
Olivier Mirguet
Correspondant Grand Est Europe
La Tribune
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