Depuis quelques semaines, ARTE bouscule les codes avec Pourquoi ? Warum ? son nouveau format court pensé pour YouTube. Entre rigueur journalistique et codes de la plateforme, l’ambition est claire : ne laisser aucune question sans réponse.
Rencontre avec Magali Kreuzer, responsable adjointe de ARTE Journal et responsable de ce projet innovant.
Magali Kreuzer, avec « Pourquoi ? », ARTE s’attaque à des questions en apparence simples, mais aux réponses souvent complexes. Quelle est la genèse de ce projet et l’objectif principal de ce nouveau format ?
Nous sommes partis d’un constat très simple : aujourd’hui, les jeunes s’informent en grande partie via les réseaux sociaux, où l’information circule vite, mais n’est pas toujours fiable ou contextualisée. Les jeunes ont une vraie soif de s’informer, mais l’offre qui leur est proposée n’est pas toujours à la hauteur.
Chez ARTE, nous avons donc voulu répondre à ce besoin, en proposant une information vérifiée et incarnée, avec un format pensé spécifiquement pour les 15-19 ans : court, direct, accessible, mais jamais simpliste. L’idée n’est pas seulement de dire ce qu’il se passe, mais surtout d’expliquer pourquoi cela se passe : pourquoi il y a tel ou tel conflit, pourquoi une élection à l’autre bout du monde nous concerne, pourquoi une décision européenne a un impact concret sur notre quotidien.
Ces vidéos d’environ quatre minutes donnent aux jeunes des repères, qui les aident à mieux comprendre le monde et à se forger leur propre regard critique. Elles sont mises en ligne du lundi au vendredi sur YouTube et arte.tv, avec une déclinaison plus courte sur Instagram et les Youtube Shorts.
Et elles sont complétées par des portraits de jeunes. Publiés deux fois par mois sur arte.tv et Youtube et filmés dans le monde entier, ces portraits donneront la parole à la génération Z. D’une durée d’environ 7 minutes, chaque épisode reposera sur un jeune protagoniste (13 à 25 ans). En suivant ce protagoniste, nous éclairerons à travers le prisme de son expérience personnelle des thématiques qui concernent directement les jeunes. Chaque épisode sera ainsi une fenêtre sur leur monde — un miroir de leurs doutes, de leurs colères, de leurs espoirs et surtout de leur engagement pour faire bouger les choses.
Le format est diffusé prioritairement sur YouTube. Est-ce une volonté de proposer une écriture plus agile que celle de l’antenne traditionnelle ?
Nous avons décidé de poster nos vidéos sur internet pour aller à la rencontre des jeunes, plutôt que d’attendre qu’ils viennent à nous. Ce choix n’est pas anodin : il répond à la manière dont les jeunes consomment aujourd’hui l’information. Ils ne vont pas forcément chercher l’actualité sur les canaux traditionnels (la télé, la radio), ils la découvrent là où ils passent déjà du temps : sur les plateformes numériques.
Diffuser Pourquoi ? sur les réseaux sociaux implique aussi une écriture différente, plus directe, plus vivante et plus incarnée. Les présentateurs et présentatrices servent de fil rouge. Ils nous racontent l’histoire. Le format court nous oblige à aller à l’essentiel, à capter rapidement l’attention, tout en gardant l’exigence éditoriale qui fait l’ADN d’ARTE.
L’objectif n’est pas de simplifier à outrance, mais d’adapter notre manière de raconter l’actualité : avec un ton plus proche, un rythme plus dynamique, et une narration pensée pour les usages numériques, sans jamais renoncer à notre rigueur journalistique.
Comment choisissez-vous les thématiques abordées ?
Le choix des thématiques part toujours d’une question simple : quelles sont les infos qui intéressent les jeunes et qu’ils ont besoin de comprendre ? Nous nous concentrons sur l’actualité européenne et internationale. On va parler de conflits, d’élections, de décisions politiques majeures, d’enjeux climatiques, économiques ou sociétaux. L’idée n’est pas de traiter toute l’actualité, mais de sélectionner un sujet par jour et de l’expliquer en profondeur. Un sujet qui mérite d’être expliqué avec du recul et du contexte. On va toujours chercher l’angle du “pourquoi” : pourquoi cet événement se produit, pourquoi il est important, et pourquoi il nous concerne, même lorsqu’il semble lointain. Le choix éditorial repose donc à la fois sur la pertinence journalistique, sur l’intérêt du public visé, et sur notre capacité à apporter une réponse claire, fiable et utile dans un format court.
Face à la montée des « fake news » et de la désinformation, quel rôle doit jouer un format comme le vôtre dans l’écosystème médiatique ?
Nous avons une sacrée responsabilité face à la montée des fake news ! Aujourd’hui, les jeunes sont confrontés à un flux permanent de contenus. Sur les réseaux sociaux, tout circule très vite, souvent sans hiérarchie ni vérification préalable. Les jeunes ont donc souvent du mal à différencier entre information fiable et fake news, ce qui peut être très dangereux.
Notre rôle est donc d’apporter de la clarté, de donner des repères. Je pense que le rôle d’un média de service public comme ARTE est aussi là : créer de la confiance. Les informations que nous relayons sont vérifiées, contextualisées, expliquées. L’enjeu est de permettre aux jeunes de distinguer les faits des opinions et de développer leur esprit critique, plutôt qu’à subir la désinformation.
« Pourquoi ? » n’est qu’au début de son aventure. Quels sont les projets de développement ? Peut-on imaginer des formats plus longs ou des interactions plus poussées avec les abonnés ?
Pourquoi ? n’en est effectivement qu’à ses débuts, et notre ambition est de faire évoluer le format avec son public. L’objectif, dans un premier temps, est d’installer ce rendez-vous quotidien et de créer une relation de confiance durable avec les jeunes. Nous voulons que ce format devienne un réflexe : un espace où l’on vient chercher des explications fiables, claires et utiles sur l’actualité internationale et européenne.
L’idée est de construire un média vivant, qui ne soit pas seulement descendant, mais qui dialogue réellement avec sa communauté. C’est pour cela que nous avons prévu des « community posts » pour échanger avec les abonnés. Nous invitons également notre audience à interagir avec nous.
Bien sûr, nous réfléchissons déjà aux développements possibles. Cela peut passer par des interactions plus directes avec les abonnés : répondre à leurs questions, partir de leurs interrogations, ou encore intégrer davantage leurs préoccupations dans le choix des thématiques.
Sur les plateformes numériques, cette proximité est essentielle. Elle permet non seulement de mieux comprendre les attentes du public, mais aussi de renforcer l’engagement et la confiance.
Anka Wessang
Ce nouveau format est enregistré quotidiennement du lundi au vendredi, en version française avec le journaliste Romain Michelet et en version allemande avec la journaliste Stéfanie Hintzmann. L’espace dédié à ce format, dans les locaux d’ARTE à Strasbourg, reprend les codes de YouTube :: micro studio et face camera. Une équipe de graphiste et technicien oeuvre chaque jour pour peaufiner les sujets et le montage.




