Radio France amorce une mutation de son mode de diffusion, et souhaite redistribuer une partie de ses fréquences FM. En effet, le groupe public va restituer une trentaine de fréquences FM de Mouv’ afin de faire des économies. La direction en profite pour attribuer davantage de places à ses stations d’information.

4 questions pour comprendre les enjeux de ce projet, à Christophe Schalk, président de la radio Top Music, et du Syndicat des radios indépendantes (SIRTI).

1. Comment analysez-vous le projet de Radio France de réorganiser son plan de fréquences radio ?

Ce projet appelle d’abord une remarque de méthode : une concertation avec l’ensemble des acteurs est indispensable dès lors que l’on touche à une ressource publique rare comme les fréquences.

Au-delà, il faut le dire clairement : ce sujet n’est pas seulement technique, il est politique. Il engage l’équilibre du paysage radiophonique et doit donc être pleinement porté par les pouvoirs publics.

Sur le fond, nous comprenons les objectifs de Radio France. Mais il s’agit d’une recomposition d’ampleur, avec des transferts de fréquences qui appellent une vision globale et équilibrée.

2. Comment les radios indépendantes et privées pourraient-elles être impactées par cette réforme ?

Les effets sont contrastés. Il existe des opportunités, notamment via les fréquences qui pourraient être libérées. L’évolution de Mouv’ est ici un point clé : ces fréquences pourraient rapidement répondre à un besoin réel de nombreuses radios indépendantes, en particulier thématiques, qui manquent aujourd’hui d’accès à la FM.

Mais des vigilances s’imposent, notamment sur certaines extensions du réseau local “ici” (ex France Bleu), susceptibles de fragiliser des équilibres territoriaux.

Sur le plan économique, un point est essentiel : Radio France dispose d’un accès limité à la publicité. Cet équilibre doit être maintenu, voire renforcé, car la publicité — locale comme nationale — constitue la ressource centrale des radios privées.

3. Ce projet risque-t-il de créer une distorsion de concurrence ?

Le service public a toute légitimité à évoluer. Mais il y aura un risque de distorsion si cette réforme ne produit des effets positifs que pour Radio France.

Comme je l’ai indiqué, l’enjeu est que cette recomposition bénéficie aussi aux autres acteurs, notamment en termes d’accès aux fréquences, tout en évitant des déséquilibres locaux liés à certaines extensions.

Par ailleurs, le projet comporte un volet important lié au DAB+. Les radios indépendantes portent cette transition depuis plus de dix ans dans un paysage où la FM reste majoritaire et le support principal de l’audience du média.

4. Quelles propositions défendez-vous pour garantir un équilibre ?

Ce projet dépasse une simple réorganisation technique : il participe d’une recomposition du paysage radiophonique. Dans ce contexte, il est essentiel qu’il ne bénéficie pas uniquement à un acteur, mais qu’il crée aussi des perspectives concrètes pour les radios indépendantes, notamment en matière d’accès aux fréquences et de développement.

Mais au-delà de ce projet, c’est l’ensemble des conditions d’exercice des radios privées qui doit être réinterrogé. Cela passe par une adaptation des quotas de chanson francophone, qui ne sont plus en phase avec les réalités de la concurrence numérique, ainsi que par une simplification des obligations, en particulier en matière de mentions légales, dont le poids s’est significativement accru ces dernières années.

Il est également essentiel de préserver les équilibres existants entre médias, notamment en ne remettant pas en cause les secteurs interdits de publicité à la télévision, qui constituent un élément structurant pour l’économie de la radio.

Nous appelons donc à un véritable plan en faveur de la radio, permettant d’accompagner l’ensemble du secteur face aux transformations en cours.

Les échanges avec Radio France existent, nous discutons avec le Gouvernement et l’ARCOM évidemment, tout comme nous travaillons à des positions communes avec l’ensemble des radios privées réunies au sein de l’Alliance de la Radio. Nous attendons désormais des clarifications et des arbitrages.

Propos recueillis par Anka Wessang

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