Je m’appelle Oleksandra Martchenko. De nationalité ukrainienne, je suis journaliste et chef de projets créatifs ayant de l’expérience dans les médias internationaux. Tôt le matin, le 24 février, j’ai été réveillée en sursaut par le bruit de détonation venant de la cour de mon immeuble à Dnipro. Je suis allée tout de suite sur le site BBC Ukraine pour lequel j’avais travaillé avant. J’ai vu le titre « Invasion russe en Ukraine. On entend des explosions à travers tout le pays ». Dès lors, il y a des changements constants dans ma vie.

 

J’ai passé les premières semaines de la guerre dans ma ville d’origine Dnipro se trouvant au sud-est du pays. Au jour le jour, les rues de la ville devenaient de plus en plus désertes. Un jour où j’allais aux provisions, j’ai entendu le signal d’alerte anti aérienne et je ne savais pas où m’abriter. Avec un couple de personnes âgées qui passait à côté nous avons couru chercher un abri sous une échelle métallique extérieure où nous nous sommes posés face contre le mur. C’est ainsi que nous avons tenté de nous protéger. Maintenant je me rends parfaitement compte que nous n’avions  aucune chance de nous sauver d’une frappe de missile. Les gens ne réalisaient pas que c’était une vraie guerre et qu’elle n’allait pas se terminer d’ici le lendemain.

 

En dépit de la peur générale qui flottait dans l’air, les gens ont pu s’organiser et se solidariser. Un mouvement de volontariat s’est rapidement créé ayant pour objectif la collecte de vivres, de vêtements, de matériels nécessaires destinés aux soldats et civiles évacués des régions de l’Ukraine d’Est. L’école où j’avais étudié s’est transformée en un centre d’accueil pour réfugiés internes et certains de mes amis y sont devenus bénévoles. En plus, un grand nombre de mes amis que j’avais connus à Kyïv, pour y avoir vécu pendant plusieurs années, sont partis sous les drapeaux et ont participé aux combats sanglants dans la région de Kyïv au début de la guerre.

 

Je garde toujours en mémoire le jour où je me suis rendue à la gare ferroviaire pour consulter les horaires des trains destinés à évacuer les populations civiles vers l’Ouest de l’Ukraine. J’ai vu le quai plein d’hommes agitant la main pour dire au revoir à leurs femmes et enfants partant dans des zones plus sûres. Je regardais ces gens en me rendant compte qu’ils se séparaient pour une période incertaine. J’avais l’impression de voir un film de guerre mais cette scène se passait en réalité sous mes yeux. Quelques jours plus tard, moi aussi, j’ai dû fuir mon pays.

 

Forte de huit ans d’expérience dans le journalisme, y compris mon travail pour BBC Ukraine et Deutsche Welle, je rédige des articles et je raconte pour les médias internationaux la vie de l’Ukraine et des ukrainiens confrontés à la guerre. Je considère cela comme une modeste contribution que j’apporte à la médiatisation de l’Ukraine qui ne faisait pas jusque-là les gros titres des médias à l’étranger. Je pense que il y a beaucoup à dire et à éclaircir sur le sujet. Depuis peu je suis installée à Strasbourg et je suis ouverte au dialogue.

 

Oleksandra Marchenko
al.marchenko@gmail.com

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