Pas de réseau ni de métro : bienvenue au Festival International du Journalisme à Couthures-sur-Garonne !

Organisé par les rédactions du Groupe Le Monde et du Nouvel Obs, le festival a célébré cette année ses 10 ans en réunissant 150 invités et plus de 200 rencontres, débats et animations.

Habituée au Festival du Monde à Paris, j’ai découvert qu’un festival de journalisme pouvait aussi se mériter : près de sept heures de train pour rejoindre Couthures-sur-Garonne, quatre jours de camping avec les araignées, 45 °C sous les tentes des conférences… et une tempête en prime. Heureusement que je pouvais en rire avec mon voisin de tente ! (j’ai mis trois jours à comprendre que je partageais mon emplacement avec l’une des têtes d’affiche internationales du festival, Jon Henley).

 

Je n’ai pourtant pas décroché. Quatre heures de bénévolat par jour m’ont permis de vivre le festival de l’intérieur, au plus près des journalistes.

Plus sérieusement, les rencontres s’articulaient autour de 7 thématiques passionnantes :

  • Zones interdites aux journalistes : informer malgré tout
  • L’IA, alliée ou ennemie de l’information ?
  • Peut-on croire en la transition écologique ?
  • Faire la fête, à quoi ça sert ?
  • Menaces sur le journalisme d’investigation
  • Féminisme, égalité, #MeToo : le temps du contrecoup
  • La question migratoire, miroir d’une société française.

 

Et voici 4 temps forts :

Rencontre avec les parents de Christophe Gleizes

Le 29 juin marquait le premier anniversaire de l’incarcération de Christophe Gleizes en Algérie. À cette occasion, ses parents, Sylvie et François Godard, sont venus témoigner de leur douleur. Accompagnés tout au long du festival par un représentant de RSF, ils ont consacré une heure d’échange avec le public.

Tout le monde s’attendait à quitter la conférence le cœur lourd. Bien au contraire, les sourires ont souvent accompagné cette rencontre.

Plutôt que de revenir sur les procédures de libération déjà largement relayées dans les médias, ses parents ont choisi de raconter l’homme derrière l’affaire. Les anecdotes se sont succédées, retraçant le parcours d’un journaliste sportif passionné : ses débuts dans la presse écrite, puis sa spécialisation dans le football africain.

Ce que l’on retiendra aussi, c’est que Christophe Gleizes a été un étudiant étourdi, comme beaucoup d’entre nous. Persuadé de s’être inscrit au concours de journalisme du CELSA, il ne s’est rendu compte qu’il participait en réalité au concours de l’École de communication… qu’une fois devant le jury.

Grands témoignages : le féminisme, toujours et malgré tout. Avec Titiou et Sandrine Rousseau

Le sexisme et les violences masculines sont systémiques. C’est la thèse défendue par deux figures du féminisme français : Sandrine Rousseau, députée de Paris, et Titiou, journaliste et essayiste. Elles se sont notamment appuyées sur un chiffre devenu emblématique : en France, un féminicide est commis tous les trois jours.

Toutes deux sont revenues sur leur engagement dans les débats autour des violences sexistes et sexuelles : Sandrine Rousseau parmi les premières figures françaises de #MeToo, Titiou parmi celles qui ont contribué à populariser le terme de « féminicide ». Elles ont aussi évoqué la persistance de ces violences : menaces de viol, de mort, insultes et harcèlement sur les réseaux sociaux, entre autres.

Enfin, elles ont tenu à rappeler qu’il y a encore une vingtaine d’années, les violences conjugales étaient largement banalisées dans l’espace public. Les archives de l’INA montrent notamment des séquences où des hommes évoquent le fait de frapper leur femme avec une désinvolture qui passerait aujourd’hui difficilement à l’antenne.

PS : une odeur de saucisses flottait autour du festival. Des agriculteurs accueillaient « chaleureusement » la députée autour d’un barbecue improvisé.

Rencontre avec Sylvain Tronchet

Il retournera à Moscou une dernière fois. Cette fois-ci, ce sera pour faire ses valises. Il laissera derrière lui son poste de correspondant de Radio France.

C’est en septembre 2021 que Sylvain Tronchet a eu l’audace de s’installer à Moscou avec sa famille. Déjà à l’époque, ce poste était très peu convoité. Alors, qu’en aurait-il été si les journalistes avaient su que la guerre éclaterait seulement six mois plus tard ?

Sylvain Tronchet est revenu sur les dangers du travail d’information dans un pays où la guerre est hybride. Une guerre où la propagande, les fake news et la censure pèsent parfois autant, voire davantage, que les attaques armées.

Entre son devoir de journaliste, soucieux de raconter la réalité du terrain aux Français, et les menaces d’emprisonnement, voire de mort, qui planaient sur lui et sa famille, il a expliqué comment il apprenait à composer avec cette ligne de crête. Parfois, le silence s’impose comme la meilleure source d’information…

Retraites, santé, services publics : un modèle français en sursis

Enfin, une conférence qui rappelle la chance que nous avons, malgré toutes les critiques que l’on adresse à nos services publics.

À Couthures-sur-Garonne, en plein cœur de la diagonale du vide, à près de 600 kilomètres de Paris, trois journalistes étrangers ont confronté leur quotidien au nôtre : l’Allemande Anika Jöres, correspondante de Die Zeit, l’Espagnol Daniel Verdú, correspondant d’El País, et le Britannique Jon Henley, mon voisin de tente, correspondant de The Guardian.

On aurait cru au début d’une mauvaise blague. Pourtant, les chiffres étaient bien réels. Le système de santé français ferait mieux que le NHS britannique ? La Deutsche Bahn serait moins fiable que la SNCF ? La crise du logement frapperait davantage Barcelone que Paris ?

Dans le public, beaucoup peinaient à y croire… et pourtant. En 2025, près de 40 % des trains de la Deutsche Bahn sont arrivés en retard, contre environ 20 % pour la SNCF. Déserts médicaux, difficultés à trouver un médecin, délais d’attente interminables : notre système de santé est loin d’être parfait. Mais la comparaison avec le NHS britannique relativise largement notre mécontentement. En France, environ 30 % des patients attendent plus de quatre semaines pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste. Au Royaume-Uni, ils sont près de 60 %.

De quoi rappeler que la France reste, malgré tout, loin d’être la plus mal lotie.

 

Julie Staebel
Stagiaire

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