La fin des télévisions locales ressemble moins à un accident qu’à l’aboutissement logique d’un modèle qui n’a jamais vraiment trouvé sa place.
Premier problème : la visibilité. Ou plutôt son absence. Comment espérer construire une audience lorsqu’on est relégué aux canaux 30, 31 ou 32 de la TNT, voire aux profondeurs des box sur les canaux 320, 350 ou 440 ? Qui va chercher une chaîne locale à ces endroits-là ? Dans les pays où les télévisions locales fonctionnent, elles occupent des positions stratégiques. En France, elles ont souvent été condamnées à l’anonymat avant même d’avoir eu une chance de s’imposer. Ni le législateur, ni le régulateur ne se sont intéressés à cet état de fait.
Deuxième réalité : la télévision coûte cher. Produire de l’information locale de qualité exige des moyens humains et techniques importants. Or les recettes n’ont jamais été à la hauteur des ambitions. Les collectivités locales ont longtemps servi de béquille financière, mais elles-mêmes sont aujourd’hui contraintes de réduire la voilure.
Et puis le monde a changé. L’information locale se consomme désormais sur les réseaux sociaux, souvent gratuitement, instantanément et sans intermédiaire. Pour le meilleur parfois. Pour le pire souvent. Pendant ce temps, les annonceurs locaux suivent les audiences et déplacent leurs budgets vers le numérique.
Le constat est brutal : la presse locale souffre, les télévisions locales disparaissent et les géants du numérique occupent le terrain. Pourtant, les plateformes ne produisent pas l’information. Elles la diffusent, la commentent, l’amplifient ou la déforment.
La vraie question est donc celle-ci : qui racontera demain la vie de nos territoires ? Qui couvrira, les enjeux de proximité ? Des journalistes de terrain ou les algorithmes de Meta et consorts ?
À force de laisser mourir les médias locaux, nous risquons de découvrir trop tard qu’une démocratie sans information de proximité est une démocratie qui finit par perdre le contact avec elle-même.
Laurent Hongne
Directeur de radios
Groupe SECOM
Post LinkedIn publié le 26/06 et republié avec l’autorisation de l’auteur




