Denis Robert*, journaliste, écrivain, réalisateur a lancé une campagne de financement participatif pour créer Blast, “une webtélé et un site d’information libres et indépendants”. Ligne éditoriale, modèle économique, confiance des téléspectateurs et sujets à la une, il répond aux questions du Club de la presse :

 

 

Quelle sera la ligne éditoriale de Blast et en quoi cette web-télé se différenciera-t-elle des autres media ?

Une ligne éditoriale, c’est comme une musique faite de mots, d’images et d’intentions plus ou moins cachées. Chaque Média est le fruit d’une histoire et d’un financement qui déterminent in fine une ligne éditoriale.
Nous sommes un média naissant financé par un large public de citoyens de tous horizons qui ne trouvent pas leur compte dans l’offre éditoriale existante. Nous sommes un média d’interêt général. Nos valeurs sont décrites dans les textes que nous avons publiés : L’antiracisme, l’égalité des genres, la primauté à la survie de la planète, la lutte contre la corruption.
Nous n’avons pas une approche idéologique de l’information. Nous voulons faire du journalisme, c’est le point de départ. Et, vu le contexte économique et politique, c’est très ambitieux.

 

Plus concrètement, je vais poursuivre le travail mené au Média.
Nous allons publier des enquêtes, lancer des débats politiques, offrir une large place à l’écologie, aux luttes de minorités non représentées dans les médias mainstream.
La différence, c’est notre place sur Internet et notre connaissance des réseaux sociaux. Dans la vingtaine de personnes avec qui je lance Blast, il y a, avant les qualités journalistiques, un énorme savoir faire quant à l’apprivoisement de ces réseaux et leur exploitation.
J’ai appris, à l’usage, qu’on peut être Albert Londres, mais si on n’a pas un bon Community manager, on fera zéro vue sur Internet.

 

 

 

Quel sera votre modèle économique ?

Il y a en France un ras le bol généralisé des Médias mainstream. Avez-vous vu ce sondage qui dit que la télé tout infos la plus regardée, BFMTV, est aussi celle en laquelle les Français croient le moins?

 

On regarde une télé dont on sait qu’elle bidonne. De ce ras le bol nait un désir d’autres choses et une économie de l’abonnement et du don. On peut penser que je me berce d’illusions et s’il n’y avait pas la campagne kisskissbankbank en cours, je ne serais pas crédible en avançant cela. Mais là, observez ce qui se passe: en moins de 3 semaines près de 5000 personnes se sont abonnées et ont investi à hauteur de 450 000 euros. Et il reste un mois de campagne. Je dis « investi » car les gens qui nous financent veulent des retours en contenus et acceptent de financer un média accessible à tous, juste pour qu’il existe. Nos abonnés auront droit à des contreparties bien évidemment, mais elles sont secondaires au regard de leur volonté de faire exister Blast. La demande première de nos abonnés (5 euros par mois) est de rendre nos émissions publiques. La campagne kisskissbankBank est basée sur des abonnements. Nous allons très vite lancer une autre campagne pour inciter le public à acquérir des parts sociales de Blast. Une part, c’est 5 euros.

 

Blast est une entreprise de presse solidaire, les particuliers qui investissement dans Blast, pourront bénéficier d’un crédit d’impôt de 50% sur le montant de leurs parts sociales acquises. C’est une mesure incitative pour aider le secteur de la presse et c’est bien plus rentable qu’un livret d’épargne. Les gens qui veulent nous soutenir et qui donnent par exemple 1000 euros à Blast peuvent récupérer la première année 500 euros en crédit d’impot. L’argent doit être bloqué 5 ans. Ils peuvent ensuite, s’ils en ont besoin, récupérer leurs 1000 euros. Faites le calcul. Vous faites une bonne action et vous gagnez des ronds. Elle n’est pas belle la vie? Plus sérieusement. Blast est aussi une société coopérative d’intérêt collectif. Tout est transparent et réinvesti dans l’outil de travail, les salaires et les embauches. Nous ne versons aucun dividende aux sociétaires. Notre vocation n’est pas de créer du patrimoine ou de la richesse mais de nous développer et de peser dans le paysage médiatique. Il nous faut en gros 25 000 abonnés et sociétaires cette année pour créer une vingtaine d’emplois, louer des locaux, acheter du matériel et produire des contenus tous les jours. Ça représente 3 fois ce que nous avons déjà gagné en 3 semaines. J’ai confiance en l’équipe et aux émissions que nous allons lancer. Le mouvement se fera en marchant. C’est une aventure très excitante qui cloue le bec aux sceptiques et aux aquabonistes.

 

 

 

L’intérêt des français pour l’information est au plus bas, comment espérez vous rétablir la confiance des téléspectateurs ?

En montrant notre indépendance et notre honnêteté à tous moments et en étant justes. Faire du journalisme, c’est devenu très ambitieux. Pourtant c’est assez simple. Il faut être curieux, résistant et non corruptible.
On sera jugé sur pièce.
On risque de se planter parfois, mais si on le reconnait et si on travaille, les gens le verront et nous aimeront. On fait aussi le pari d’un lien sensible, mystérieux et quasi affectif qui peut se nouer entre un média et ses utilisateurs.

 

Il y a une dimension que je n’ai pas suffisamment évoquée, c’est l’humour, le décalage et la culture. Nous n’allons pas être un média plombant.
Dès que possible, nous allons lancer un journal quotidien décalé, Bruno Gaccio y travaille. Je veux aussi que dans Blast, nous parlions de cinéma, de bédés, de photographie, de jeux vidéos, d’art et bien sûr de littérature. Je viens de là…

 

 

 

Vous avez récolté plus de 400.000 euros grâce au crowdfunding en 2 semaines, allez-vous aussi vous tourner vers des investisseurs ?

Non, comme je vous l’ai dit, Blast ne versera pas de dividendes à ses sociétaires, nous n’avons donc pas beaucoup d’intérêt pour les investisseurs et c’est tant mieux, car notre modèle garanti notre indépendance. En revanche, comme pour de nombreux médias, notre statut d’entreprise de presse nous permet de défiscaliser les dons à hauteur de 66,66% et ce dès que nous aurons un numéro de commission paritaire. Ce qui ne saurait tarder.
Donc nous aurons et nous avons déjà des donateurs qui pourront intégrer le collège des mécènes (10% des voix). Nous allons aussi offrir à des entreprises qui partagent nos valeurs de s’engager à nos côtés, elles pourront acquérir des parts sociales et être représentées dans le collège des partenaires (10% des voix).

 

 

Nous avons des amis éditeurs, des PME, des associations, des avocats, des médecins, etc qui sont demandeurs et veulent nous soutenir. On est parti très vite, comme un coup de canon. Il y avait nécessité d’aller vite.  Une chose est sûre: jamais cet argent, ces donateurs, ces mécènes ou ces partenaires n’auront une quelconque influence sur les contenus que nous allons produire. Je suis le garant de cette indépendance. Les gens qui nous aident savent qui je suis et d’où je viens.
J’ai résisté aux millions de Clearstream et à une carrière de nabab aux Bahamas, ce n’est pas aujourd’hui que je vais succomber aux sirènes du Grand Capital.

 

Quels seraient les 5 sujets à la une de Blast si le projet était lancé aujourd’hui ?

Un sujet est quasi prêt. Il s’agit d’un portait enquête et vidéo d’un homme politique en vue dont on a découvert qu’il avait une société au Luxembourg et qu’il n’était pas du tout celui que les Médias nous avaient vendu.

 

Gaël Giraud, économiste qui a rejoint Blast, et Sabrina Ali Benali, médecin urgentiste qui va chroniquer chez nous, expliqueraient en quoi et comment Pfizer a monté un incroyable buziness plan pour vendre son vaccin et se faire une énorme marge, grâce aux lobbys et aux sociétés de capital investissement US.
Et je précise, je ne suis pas du tout anti-vaccin.

 

On aurait un sujet sur la manière dont Patrick Drahi et BFM détournent l’argent de la publicité sur BFM et RMC au détriment du fisc. Ce serait une enquête de Maxime Renahy.

 

On ferait une interview de David Dufresne sur la sortie DVD de son film « Un pays qui se tient sage ».

 

Et un grand débat politique sur Alexis Kolher, l’éminence grise de Macron, le numéro 2 du gouvernement: comment et pourquoi cet énarque tient il l’Elysée et Macron alors qu’il devrait être mis en examen ?

 

Pour 5 euros, ç’est pas mal, non?

 

* Denis Robert est l’ancien directeur de la rédaction du Média (avril 2019 – Octobre 2020). Denis Robert est journaliste, il a notamment révélé l’affaire Clairstream, auteur, il a écrit plusieurs essais, romans et d’autres publication, et réalisateur, sa filmographie compte plusieurs réalisations pour la télévision et pour le cinéma.

 

 

Lien : Blast – KissKissBank

 

Propos recueillis par Anka Wessang

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