Dans l’époque qui est la nôtre, une importante partie de notre temps est dédiée à des actes de communication. La multiplication des supports et la vitesse de transmission des « informations » dans un monde devenu village global a pris le pas sur les contenus ; les travaux de Norbert Wienner ou ceux de Marshall Mc Luhan préfiguraient dès les années 50 l’impact que la recherche scientifique allait produire sur nos modes opératoires de communication et sur nos rapports avec la machine. Ces dynamiques de communication focalisées sur le numérique se concentrent aujourd’hui dans un marché privé et monopolisé dont les capacités et la faiblesse morale et politique servent des intérêts nationaux sans limites.
Toute communication est une entrée en relation et produit un effet ; je peux ainsi me demander quelle part de moi-même s’engage véritablement dans mon rapport à l’altérité ?
Le message émis n’est jamais anodin ; le journaliste le sait : il mesure, observe, démontre, vérifie et cite ses sources, veille à une éthique et à sa morale.
Le plus court chemin entre une sensation et une parole est une logique réactionnaire ; ce qui fait de nous des êtres humains potentiellement humanistes est notre capacité à observer la sensation, à en détourer l’émotion, à se pencher sur le sentiment pour enfin élaborer une pensée et la frotter à celle de l’autre dans l’art en voie de disparition du dialogue. La poignée d’industriels détenant les clés des machines conversationnelles connait parfaitement les enjeux de cette temporalité d’observance.
Ne plus s’écouter, ne plus s’entendre, ne plus se parler est de notre responsabilité. Y revenir est un choix concret, mon langage est un acte qui active les leviers de la relation, du partage, d’une transparence qui s’appuie sur la force de l’interdépendance et du collectif.
La responsabilité sociétale n’est pas un concept, c’est notre capacité à identifier et à distinguer le bien du mal, l’intérêt collectif et durable de l’intérêt personnel. C’est une responsabilité morale qui engage notre faculté de jugement, la plus politique des aptitudes mentales de l’homme, une faculté qui nous ramène au goût de la parole et de l’action publique. La courtoisie des idées, l’art de la conversation, la dignité des mots, l’humilité de l’échange feront peut-être à nouveau les paysages de demain. Veillions à ce que nos existences demeurent réelles et dans une pleine intelligence sensible, l’oublier c’est nourrir les lumières du vide.
Valérie Bisson
enseigne la communication et le storytelling à l’Université de Strasbourg. Elle écrit depuis plus 20 ans pour différents supports culturels locaux et nationaux. Elle a fondé Le Mot et le Geste en 2020 pour se dédier à l’accompagnement d’entreprises en communication stratégique et en création d’identités narratives.
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