Ces dernières années, nous avons été nombreux.ses à les avoir traités, ces sujets sur l’inflation. À avoir fait le pied de grue devant les supermarchés et autres commerces pour parler de l’augmentation des prix. À avoir analysé les conséquences de la crise énergétique sur le budget des Français. Et le soir, comme tout le monde, nous avons dû, nous aussi, payer nos courses et nos factures.

En France, nous étions 8770 journalistes à être salarié.e.s à la pige ou en CDD en 2023. Soit le quart des journalistes actif.ve.s. Un chiffre en constante augmentation ces dernières années. Contrairement au tarif des piges. D’après l’Observatoire des métiers de la presse, le revenu médian des pigistes était de 1954 euros en 2022. C’est 12% de moins qu’en 2009 alors que le Smic a pris 25% sur la même période. À titre de comparaison, cette même année, le revenu médian des journalistes posté.e.s était de 3580 euros.

Derrière ces chiffres, une réalité : la stagnation des tarifs de pige depuis au moins 20 ans. Les pigistes perdent progressivement en pouvoir d’achat et ont de plus en plus de mal à accéder à la carte de presse, son obtention étant notamment évaluée par rapport au Smic. Bien qu’il s’agisse de salaires, les tarifs de piges ne sont pas intégrés aux négociations annuelles obligatoires dans la grande majorité des entreprises de presse.

Un exemple ? En presse magazine, le tarif minimum du feuillet était de 56,72 euros en 2023. Pour atteindre un Smic, il fallait rédiger plus de 26 feuillets par mois, soit plus de 13 pages pleines de magazine ; avec, le plus souvent, plusieurs articles dans une même page. Pour gagner 2000 euros nets, il fallait rédiger 38 feuillets, soit 19 pages de magazine. Aucun.e journaliste posté.e n’a une telle production.

Il faut également prendre en compte la nature même du travail de pigiste. Souvent sollicité.e.s pour des sujets à forte valeur ajoutée sur lesquels ils possèdent une expertise, les pigistes investissent un temps non négligeable dans leur veille et la recherche de nouveaux sujets à proposer. Un temps rarement pris en compte dans leur rémunération et pouvant être apparenté à du travail gratuit.

Loin de ne concerner que les pigistes, ces questions intéressent la presse en général. Précarisé.e.s, ces journalistes se retrouvent souvent contraint.e.s de devoir produire de nombreux sujets dans de mauvaises conditions ou de devoir trouver un emploi alimentaire. Certain.e.s, dans le secteur de la communication, avec des risques de conflits d’intérêt. Des tarifs adaptés et revalorisés permettraient aux journalistes pigistes de se consacrer pleinement à leur métier, dans un respect plus strict de leur charte éthique.

L’inflation et le pouvoir d’achats sont des sujets qui intéressent les rédactions. Des sujets dits « concernants » dans le vocabulaire des rédactions en chefs. Il serait bon que ces dernières se soucient aussi des concerné.e.s.

Adrien Labit & Anne Mellier
Pigistes, co-organisateurs des Apéros Profession : Pigiste Strasbourg
aperos.pigistes.strasbourg@gmail.com

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