Le 3 novembre dernier, Véronique Auger, présidente de l’Association des journalistes européens, avec des journalistes et personnalités, a publié dans Les Échos une tribune collective destinée au CSA et au gouvernement pour demander plus de couverture médiatique des sujets européens.

 

 

Elle répond aux questions du Club de la presse :

 

 

Dans un article du Monde (18/01/2021) nous apprenons que la part variable de la rémunération des rédacteurs en chef de France Télévision dépendra de leurs efforts de renforcement de la couverture des sujets européens. Votre tribune a donc été suivie de faits ? Cette mesure sera-t-elle suffisante ?

Cette mesure n’était pas proposée dans notre tribune et, d’après mes informations, elle existait avant que nous publiions notre lettre ouverte dans Les Echos. Ceci étant dit, je pense qu’il y a effectivement un lien de cause à effet entre notre action pour « plus d’Europe dans les médias français » et cette information publiée dans Le Monde maintenant. Il me semble que la mobilisation de l’Association des Journalistes européens et du Mouvement européen fait bouger les lignes auprès du CSA et de FranceTélévisions et nous nous en réjouissons car il y a urgence à ce que l’actualité européenne ne soit plus considérée comme accessoire par les principaux organes d’information français, à savoir l’audiovisuel public ET privé. Car n’oublions pas que TF1 n’a toujours pas de correspondant à Bruxelles.

 

Quelles sont les autres mesures à mettre en œuvre en priorité ?

Nous préconisons la même méthode que celle que le CSA a utilisé pour obliger les journaux télé et radio à parler enfin de ce qui se passe dans les DOM-TOM ou à inviter autant d’experts femmes que d’experts hommes sur leur plateau. Le CSA a signé une charte avec ces grands médias avec un certain nombre d’obligations à respecter sur ces sujets et nous en voyons les résultats.

Pourquoi ne pas faire la même chose avec l’actualité européenne ? C’est quand même malheureux d’en arriver là ! Les télévisions et radios consacrent des jours entiers d’antenne aux élections américaines (et elles n’ont pas tort car celles-ci impacteront nos vies) mais elles ne font même pas un off sur le discours de l’état de l’Union de la présidente Ursula Von der Leyen ? Or, si vous l’avez écouté, vous savez que dans ce discours se trouvait présentée toute la stratégie européenne pour les prochaines années. Et cette stratégie, qui va profondément changer la vie des Français, n’est ni présentée ni expliquée ni commentée en bien ou en mal ? C’est inadmissible !

Comprenez-moi bien : mon propos n’est pas de dire qu’il faut dire du bien de l’Europe. Non ! Mon propos est de dire qu’il faut arrêter de penser que les Français sont trop bêtes pour ne pas comprendre les informations en provenance de Bruxelles. Si elles sont correctement présentées ils n’auront aucun problème de compréhension. Et pourront se faire une idée par eux-mêmes à leur propos. Bonne ou mauvaise.

 

Dans votre tribune des Echos, vous appelez l’État à accompagner les médias pour favoriser l’emploi de correspondants en charge du suivi des institutions européennes. “Un espace de co-working soutenu financièrement par les pouvoirs publics pourrait utilement rassembler les reporters de l’ensemble des rédactions françaises actives à Bruxelles et à Strasbourg”. Cette proposition a-t-elle suscité des réactions ?

Notre proposition a d’abord suscité des réactions négatives de la part des correspondants français permanents à Bruxelles car ils ont cru qu’elle les concernait. Pas du tout ! En réalité, il y a beaucoup de rédactions parisiennes, régionales ou locales qui n’ont pas le réflexe ou le financement pour envoyer un journaliste enquêter à Bruxelles ou simplement y rencontrer les responsables de la Commission ou les députés européens en charge de leur secteur.

Nous pensons, comme le gouvernement allemand l’a fait en son temps et comme cela a existé à Paris avec le Centre de la presse étrangère, que si l’état français offrait un espace de travail à ces rédactions celles-ci seraient plus enclines à envoyer des journalistes sur place. On me rappelle qu’il y a des salles de presse à la Commission ou au Parlement européen. Certes, mais au prix de multiples démarches administratives, nécessaires pour respecter les consignes de sécurité, qui font perdre énormément de temps à l’envoyé spécial.

Et quand un journaliste non basé à Bruxelles cherche à s’y installer il a souvent le sentiment d’être une sorte de Bernard L’ermite ou un coucou qui s’installerait dans le nid d’un correspondant permanent. Cet espace de travail que nous proposons serait co-géré par une association de journalistes et la Représentation permanente à Bruxelles. Il pourrait offrir des moyens techniques à la disposition de radios locales françaises par exemple. Il pourrait aussi permettre d’organiser des points de presse spécifiques.

Pourquoi ne pas tenter l’expérience au moment de la Présidence française de l’Union européenne ? Nous ferions le bilan à la fin de la période.

 

La dernière session du PE à Strasbourg s’est tenue en février 2020, 1 ans après, quel avenir pour le siège de Strasbourg ?

Je suis très triste de voir qu’il y a ce débat. Les sessions du PE à Strasbourg, outre le fait que le principe est dans les Traités, rappellent symboliquement aux Européens que ce n’est pas « Bruxelles » qui « dirige » l’Union européenne.

Mais ce symbole a un coût financier et environnemental. Peut-on encore se l’offrir ? Si les états-membres décident que non, alors cette décision devra forcément s’accompagner d’un véritable projet commun pour le bâtiment une fois vide. Un projet qui ne nécessite pas des travaux longs et coûteux. Un projet qui renforce les liens entre les citoyens européens. Il reste à le trouver.

 

Propos recueillis par Anka Wessang

 

 

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